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Éco-anxiété : comprendre, agir et se faire aider

Face à la crise climatique, beaucoup ressentent de l’inquiétude, de la tristesse, de la colère ou de l’impuissance. Ces émotions ne traduisent pas forcément une fragilité individuelle : elles peuvent être une réponse lucide à une menace réelle. L’enjeu est de pouvoir les nommer, les partager et les transformer en capacité d’agir, sans s’épuiser.

À retenir : l’éco-anxiété n’est pas une pathologie en soi. Elle mérite une attention lorsque son intensité perturbe durablement la vie quotidienne.

Femme pensive assise près d’une fenêtre, entourée de plantes, tenant un carnet

L’éco-anxiété : de quoi parle-t-on ?

Le terme « éco-anxiété » désigne un ensemble de réactions émotionnelles liées au changement climatique et aux dégradations environnementales : inquiétude, peur, chagrin, colère, culpabilité ou sentiment d’impuissance. Il ne s’agit pas, en soi, d’un diagnostic médical. Sciensano rappelle qu’il peut s’agir d’une réaction proportionnée à une menace réelle ; elle mérite toutefois une attention particulière lorsqu’elle pèse sur le sommeil, les relations, le travail, les études ou la capacité à vivre son quotidien.

Il est utile de distinguer l’éco-anxiété de la peur après une catastrophe vécue. Les deux peuvent se croiser, mais l’éco-anxiété peut aussi être ressentie sans avoir subi directement une inondation, une canicule ou un incendie : apprendre, voir ou anticiper les effets de la crise climatique peut suffire à provoquer une détresse. Le GIEC décrit d’ailleurs des voies directes, indirectes et « vicariantes » par lesquelles le changement climatique affecte le bien-être et la santé mentale.

Ce que montrent les données belges

La première enquête de santé belge consacrée aux préoccupations climatiques donne un point d’ancrage local. En 2023-2024, 72 % des personnes de 15 ans et plus se disaient inquiètes du changement climatique et 21,6 % très inquiètes. Les sentiments les plus souvent cités étaient l’impuissance (46,9 %) et l’intérêt (45,0 %) ; 13,6 % mentionnaient l’anxiété.

Ces chiffres ne mesurent pas une « prévalence de l’éco-anxiété » au sens clinique. Ils montrent cependant que les préoccupations climatiques sont largement partagées et que les émotions qu’elles suscitent sont diverses. Elles ne sont ni honteuses ni exceptionnelles. L’enquête constate aussi des écarts régionaux : à Bruxelles, 75,5 % des répondant·es se disaient inquiet·es et 33,1 % très inquiet·es.

Une réalité étudiée, mais encore mal mesurée

La recherche progresse rapidement, mais la prudence reste nécessaire. Les études n’utilisent pas toutes la même définition ni les mêmes échelles de mesure. Une revue systématique publiée en 2024, portant sur 35 études et plus de 45 000 adultes, observe des associations entre l’éco-anxiété et la détresse psychologique, les symptômes anxieux, dépressifs ou de stress. Elle ne permet pas pour autant de conclure que toute préoccupation écologique devient un trouble ni que l’une est automatiquement la cause de l’autre.

Une autre revue systématique souligne que les résultats les plus préoccupants sont souvent observés chez les personnes jeunes, celles exposées à des impacts directs, les femmes et les populations déjà vulnérables. Elle note aussi que l’engagement environnemental peut parfois soutenir le bien-être, mais qu’il peut devenir insuffisant quand une personne se sent seule, sans prise sur les décisions collectives ou constamment exposée à des informations alarmantes.

Pourquoi les jeunes sont particulièrement concernés

Les jeunes vivent avec une crise dont les effets se prolongeront sur leur avenir, leurs choix de formation, de travail, de logement ou de parentalité. Dans une grande enquête internationale menée auprès de 10 000 personnes de 16 à 25 ans dans dix pays — dont la France — de nombreux participant·es rapportaient une forte inquiétude et un sentiment d’abandon par les responsables publics. Cette étude ne permet pas de décrire la Belgique à elle seule, mais elle éclaire une expérience largement partagée.

Réduire ce vécu à une fragilité de la jeunesse serait une erreur. Les réponses publiques, l’accès à une information fiable, la possibilité de participer à des décisions et la solidarité concrète influencent aussi le sentiment de sécurité et de capacité d’agir.

De la lucidité à l’action, sans porter seul·e tout le problème

Il n’existe pas de recette universelle. Quelques repères peuvent toutefois aider à ne pas rester seul·e face à l’inquiétude :

  • Mettre des mots sur ce qui se passe. Parler de peur, de colère ou de tristesse avec une personne de confiance évite que ces émotions restent isolées ou prennent toute la place.
  • Choisir une information fiable et un rythme soutenable. S’informer est utile ; s’exposer en continu à des contenus catastrophistes peut épuiser. Privilégier des sources identifiées, des moments définis et des explications qui donnent aussi des clés de compréhension.
  • Agir à une échelle réaliste. Une action locale, associative, citoyenne ou professionnelle peut redonner du pouvoir d’agir. L’objectif n’est pas la perfection individuelle : les réponses au climat sont aussi collectives, sociales et politiques.
  • Préserver les liens et les ressources ordinaires. Repos, activités qui font du bien, présence dans la nature, création, sport ou vie associative ne nient pas le problème ; ils aident à durer.
  • Accepter les limites. Personne ne peut résoudre seul·e une crise systémique. Refuser la culpabilisation et partager la charge sont des conditions de l’engagement durable.

Quand demander de l’aide ?

Une inquiétude climatique peut être normale sans devoir être supportée seul·e. Il est judicieux d’en parler à un médecin, à un·e psychologue ou à un service d’écoute si l’angoisse devient envahissante, si elle perturbe durablement le sommeil ou la vie quotidienne, ou si elle s’accompagne d’un isolement, d’un désespoir profond ou d’idées de se faire du mal.

En Belgique francophone, Télé-Accueil propose une écoute gratuite, anonyme et confidentielle au 107, 24 heures sur 24. En cas de danger immédiat pour vous-même ou une autre personne, appelez le 112.

Ce que les pouvoirs publics peuvent faire

Répondre à l’éco-anxiété ne consiste pas seulement à aider chaque personne à mieux s’adapter. L’Organisation mondiale de la Santé recommande d’intégrer la santé mentale aux politiques climatiques et, réciproquement, les enjeux climatiques aux politiques de santé mentale. Cela passe notamment par des approches communautaires, la réduction des vulnérabilités, des services accessibles après des événements extrêmes et des décisions publiques crédibles.

Prendre les émotions climatiques au sérieux, c’est donc à la fois offrir une écoute individuelle et exiger des réponses collectives à la hauteur des faits.

Sources et repères

Ce dossier propose de l’information générale ; il ne remplace pas un avis médical, psychologique ou psychiatrique individualisé.